La communication est devenue un champ de tension permanent : entre vérité et post-vérité, entre information et désinformation, entre discours maîtrisé et parole libre, entre marketing de masse et prise en compte du public-cible réel. Dans ce brouhaha global amplifié par les réseaux sociaux, la parole perd parfois sa valeur, et la communication son éthique. Le FOMCOM 2026 veut ramener la réflexion au centre : communiquer, c'est d'abord écouter et comprendre avant de convaincre.
Notre réflexion s'appuie sur trois grandes traditions théoriques de la communication qui permettent d'éclairer les enjeux contemporains :
Michel Foucault et les régimes de vérité
Foucault nous a appris que la parole n'est jamais neutre : elle est toujours traversée par des rapports de pouvoir. Dans L'ordre du discours (1971), il montre que toute société contrôle, sélectionne et organise la production des discours à travers des procédures d'exclusion et des règles de circulation. Aujourd'hui, les algorithmes, les fact-checkers, les community managers et les régulateurs incarnent ces nouveaux dispositifs de contrôle discursif. La question "Ak kiyès w ap pale ?" devient alors : qui autorise ta parole ? Qui la légitime ? Qui la fait circuler ou la censure ? Dans l'ère numérique, comprendre les mécanismes de visibilité et d'invisibilisation de la parole est un enjeu démocratique fondamental.
Jürgen Habermas et l'agir communicationnel
À l'opposé d'une vision purement stratégique de la communication, Habermas défend l'idée d'une communication orientée vers l'intercompréhension. Dans sa Théorie de l'agir communicationnel (1981), il distingue l'agir stratégique où l'on instrumentalise l'autre pour atteindre ses fins de l'agir communicationnel, fondé sur l'écoute mutuelle, l'argumentation rationnelle et la recherche du consensus. À l'heure du marketing viral, de la manipulation émotionnelle et de l'infox, cette distinction est plus pertinente que jamais. Le FOMCOM 2026 interroge : sommes-nous encore capables de dialogue authentique ? Ou bien toute parole publique est-elle devenue performance, calcul d'influence et guerre d'opinions ?
Dominique Wolton et l'altérité communicationnelle
Dominique Wolton, dans Penser la communication (1997) et Informer n'est pas communiquer (2009), nous rappelle que la communication véritable n'est pas la transmission d'information, mais la négociation avec l'altérité. Communiquer, c'est accepter que l'autre ne nous comprenne pas immédiatement, qu'il résiste, qu'il interprète autrement. C'est un processus lent, patient, souvent conflictuel. Face à l'illusion d'une communication instantanée et transparente promise par le numérique, Wolton nous invite à réhabiliter la complexité, le malentendu créatif, la cohabitation des différences. "Ak kiyès w ap pale ?" nous pousse à reconnaître l'altérité de nos interlocuteurs : leurs cultures, leurs langues, leurs imaginaires, leurs réalités sociales. C'est une invitation à sortir de l'entre-soi médiatique et à construire des ponts véritables.
Objectifs