Lindy MICHEL
Patricia VILSAINT
12 Jan
12Jan

La communication est au cœur de l'existence humaine. Activité fondamentale et quotidienne, elle structure nos relations, forge nos identités et façonne nos sociétés. Pourtant, comme le souligne Dominique Wolton (2009),  « informer n'est pas communiquer ». Cette distinction essentielle nous invite à repenser profondément ce que signifie véritablement communiquer à l'ère contemporaine. 

La communication comme partage et négociation 

Dans la perspective woltonienne, communiquer ne se réduit pas à transmettre un message d'un émetteur vers un récepteur selon le modèle classique de Shannon et Weaver (1949). Pour Wolton (2005), la communication est avant tout « le partage, la négociation et le compromis entre des visions du monde différentes ». Il ne s'agit donc pas simplement d'un processus technique de transmission d'informations, mais d'une rencontre entre des altérités, d'un effort mutuel de compréhension malgré les différences culturelles, sociales et individuelles. Cette conception s'oppose radicalement à l'idéologie technicienne qui domine notre époque. Comme l'affirme Wolton (2000) dans Internet, et après ?, la multiplication des outils de communication ne garantit nullement une meilleure communication humaine. Au contraire, elle peut même créer l'illusion d'une communication réussie alors que seule l'information circule, sans véritable échange ni compréhension mutuelle. 

Les trois dimensions de la communication selon Wolton 

Dominique Wolton (2009) distingue trois dimensions essentielles et complémentaires de la communication : 

La dimension technique concerne les supports et les moyens : téléphone, internet, réseaux sociaux, médias. À l'ère numérique, cette dimension s'est considérablement développée. Des conférences aux webinaires, en passant par les chaînes YouTube et les plateformes sociales, chacun peut désormais s'exprimer facilement et toucher une large audience. Cette démocratisation de la parole représente un progrès indéniable, mais elle ne suffit pas. 

La dimension fonctionnelle porte sur les usages et les pratiques de la communication dans les différentes sphères de la vie sociale. Dans le monde professionnel, bien communiquer permet au manager ou au collaborateur de transmettre, former, informer, fédérer, convaincre. Le climat social s'améliore et la qualité de vie au travail s'en ressent. Dans la sphère familiale et personnelle, savoir communiquer permet d'entretenir des relations de confiance et de qualité. 

La dimension normative, souvent négligée, est pourtant fondamentale chez Wolton. Elle concerne les valeurs, les idéaux et les conditions d'une communication démocratique réussie. Communiquer implique la reconnaissance de l'autre, le respect des différences, la volonté de coexistence. C'est cette dimension qui transforme la simple transmission en véritable communication. 

L'incommunication : concept central de la pensée woltonienne 

L'une des contributions majeures de Dominique Wolton (2009) est le concept d'« incommunication ». Contrairement à l'utopie communicationnelle qui promet une transparence absolue grâce aux technologies, Wolton affirme que l'incommunication est normale et constitutive de toute communication humaine. Nous ne pouvons jamais complètement nous comprendre car nous sommes tous différents, avec nos histoires, nos cultures, nos visions du monde. Cette reconnaissance de l'incommunication n'est pas pessimiste. Au contraire, elle est réaliste et libératrice. Comme l'écrit Wolton (2009) : « Accepter l'incommunication, c'est accepter l'altérité, la différence irréductible de l'autre ». Nous pensons souvent qu'il est facile de se comprendre, tant que nous parlons la même langue et disposons d'un bon canal de communication. Pourtant, l'incompréhension reste fréquente et peut avoir des répercussions négatives : perte d'efficacité au travail, mise en danger, source de conflits. 

Communication interpersonnelle, de groupe et de masse 

Chez l'être humain, on distingue traditionnellement trois niveaux de communication. La communication interpersonnelle met en relation deux ou plusieurs personnes en interaction directe. La communication de groupe concerne les échanges au sein de collectifs restreints. La communication de masse, analysée en profondeur par Wolton dans ses travaux sur les médias (1990, 1997), utilise l'ensemble des moyens et techniques permettant la diffusion d'un message d'une organisation sociale auprès d'une large audience. Pour Wolton (1997), les médias de masse, loin d'être dépassés par internet, jouent un rôle social irremplaçable : ils créent du lien social, un espace public commun où se forge une culture partagée. Ils constituent « le miroir de la société » et permettent aux citoyens de se reconnaître comme appartenant à une même communauté politique et culturelle. 

Les formes multiples de la communication 

La communication emprunte des canaux variés. 

La communication verbale utilise les mots, à l'oral ou à l'écrit. 

La communication non verbale se manifeste par les gestes, les mimiques, le regard, la posture. 

La communication visuelle et numérique mobilise les images, les vidéos, les réseaux sociaux et les médias contemporains. Il existe également d'autres formes de communication : la langue des signes, l'écriture, et même l'échange d'informations entre animaux. Mais comme le rappelle Wolton (2009), multiplier les canaux ne signifie pas améliorer la communication. À l'heure du tout numérique où les réseaux sociaux sont omniprésents, « la vraie parole en chair et en os » mérite d'autant plus d'être valorisée pour que l'interconnexion entre les personnes s'enrichisse et que la relation à l'autre s'établisse de manière qualitative et incarnée. 

La communication : enjeu politique et démocratique 

Pour Dominique Wolton (2008), la communication est fondamentalement un enjeu politique. Dans une société démocratique, la capacité des citoyens à communiquer, à débattre, à négocier leurs différences est essentielle. La communication n'est pas qu'un outil technique au service de l'efficacité ; c'est une valeur en soi, liée aux idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité. La communication joue ainsi un rôle fondamental dans la société. Elle permet de créer des relations, de résoudre des conflits, de travailler en équipe et de favoriser la compréhension entre les individus. Une bonne communication contribue au respect, à la paix et au développement personnel et social. Elle est, selon Wolton (2005), « le lieu où se joue la cohabitation culturelle », particulièrement cruciale dans nos sociétés multiculturelles. 

Les défis contemporains de la communication 

Le philosophe français Daniel Bougnoux (2001) constate avec justesse : « Nulle part ni pour personne n'existe la communication. Ce terme recouvre trop de pratiques, nécessairement disparates, indéfiniment ouvertes et non dénombrables. » Cette pluralité des approches reflète la complexité du phénomène communicationnel. Si certains courants des sciences de l'information et de la communication, aujourd'hui minoritaires, proposent une approche basée sur la théorie de l'information (Shannon & Weaver, 1949), éventuellement complétée par les sciences cognitives, la psychologie sociale s'intéresse essentiellement à la communication interpersonnelle. Wolton, quant à lui, plaide pour une approche pluridisciplinaire qui articule les dimensions technique, fonctionnelle et normative. Dans la sphère professionnelle, bien communiquer permet de se faire entendre et comprendre des autres. Dans une perspective d'évolution professionnelle, de reconversion ou de recherche d'emploi, parler avec aisance, être clair dans ses propos, entrer en relation permet de gagner en confiance et en légitimité. Cela engage l'autre à recevoir votre parole avec plus de conviction. 

En guise de conclusion  

Nous pratiquons quotidiennement la communication, mais communiquer véritablement reste un défi permanent. Apprendre à bien communiquer, dans la perspective de Dominique Wolton, c'est apprendre à accepter l'autre dans sa différence, à négocier les incompréhensions inévitables, à construire patiemment un espace commun de coexistence. Bien communiquer, c'est : se faire entendre et comprendre des autres, savoir écouter pour mieux recevoir la parole de l'autre, entretenir des relations de qualité qui favorisent l'échange et l'interaction, et rendre ses prises de parole plus incarnées et en adéquation avec sa personnalité. Mais c'est aussi, et peut-être surtout, reconnaître que la communication parfaite n'existe pas et que c'est précisément dans cet effort toujours inachevé de compréhension mutuelle que se construit notre humanité commune. Comme l'affirme Wolton (2009), « communiquer, c'est finalement accepter que l'autre ne pense pas comme nous, tout en cherchant à construire quelque chose ensemble ». C'est un outil indispensable dans tous les domaines de la vie : famille, école, travail et société. C'est apprendre à mieux vivre ensemble, non pas malgré nos différences, mais avec elles.

 Ce texte a été révisé par IA


Références bibliographiques 

Bougnoux, D. (2001). Introduction aux sciences de la communication. Paris : La Découverte. 

Shannon, C. E., & Weaver, W. (1949). The Mathematical Theory of Communication. Urbana : University of Illinois Press. 

Wolton, D. (1990). Éloge du grand public : Une théorie critique de la télévision. Paris : Flammarion. 

Wolton, D. (1997). Penser la communication. Paris : Flammarion. Wolton, D. (2000). Internet, et après ? Une théorie critique des nouveaux médias. Paris : Flammarion. 

Wolton, D. (2005). Il faut sauver la communication. Paris : Flammarion. Wolton, D. (2008). Demain la francophonie. Paris : Flammarion. 

Wolton, D. (2009). Informer n'est pas communiquer. Paris : CNRS Éditions.

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